Le Financier-Quotidien : Le cas du Dr Mounir Dehak fait des vagues en France

Le Financier-Quotidien : Le cas du Dr Mounir Dehak fait des vagues en France

Jour après jour, la protestation s’intensifie et gagne du terrain en France contre la décision d’expulsion du médecin algérien, docteur Mounir Dehak.
Hier, une autre manifestation a eu lieu devant le Centre hospitalier de Lens, pour contester le refoulement du médecin- urgentiste algérien, qui poursuit ses études en France depuis huit ans.
A mesure que l’ultimatum fixé par les autorités françaises, à savoir la date du 21 février, approche, la tension monte. En effet, Dr Dehak est menacé d’expulsion du territoire français s’il n’obtient pas le renouvellement de son titre de séjour avant le 21 février. Hier également, et en guise de soutien à leur confrère, les médecins du Centre hospitalier de Lens ont signé une pétition exigeant «l’arrêt immédiat de la procédure en cours visant le Docteur Mounir Dehak». Les pétitionnaires ont souligné que Dr Dehak «termine sa formation de spécialité de médecine d’urgence et doit passer son examen final en octobre 2010. Il travaille aux urgences de l’hôpital de Lens depuis 2006 à la satisfaction de tous.
Il est venu renforcer une équipe -en grande difficulté- avec un déficit de 50 % du personnel médical. Jeudi dernier, les personnels du CH de Lens ont organisé une première journée de mobilisation en soutien au Dr DEHAK. Le Collectif Médecin de l’UFMICT-CGT soutient ce mouvement», ont-ils précisé. Mounir Dehak, 31 ans, docteur en médecine en Algérie, et bientôt en France grâce à son équivalence, à laquelle il aspire depuis huit ans. C’est ainsi que le Dr Dehak pouvait se présenter il y a encore deux semaines. Jusqu’à la réception d’un courrier déconcertant. «Le 25 septembre, vous avez sollicité auprès de mes services la délivrance d’un certificat de résidence algérien. Par arrêté de ce jour, j’ai refusé votre demande (…) vous êtes dans l’obligation de quitter la France dans un délai d’un mois. Passé ce délai, cette obligation peut être exercée d’office par l’administration».
Cette lettre de la préfecture du Nord est tombée comme un coup de massue sur Mounir. Le médecin est abasourdi et a la gorge serrée chaque fois qu’il évoque le départ, avec sa femme et sa fille de 7 mois. L’inquiétude s’était fait sentir fin août, lorsque Mounir s’est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour sous le statut d’étudiant. Attestation d’inscription en médecine, dossier sur son logement et ses ressources pour vivre : comme chaque année, il avait pourtant tout envoyé.
Pour éviter de devoir repartir en Algérie, il a alors sollicité ce même titre de séjour, mais sous le statut de salarié, en signant un contrat à durée indéterminée au CHL.
«Nous avons effectué un certain nombre de démarches pour conserver M. Dehak, qui est praticien d’origine étrangère travaillant dans nos services, affirme-t-on à la direction de l’hôpital. Mais la décision administrative de la préfecture ne nous permet pas de le garder, puisqu’il lui faut un titre de séjour en règle au moment de l’établissement du contrat pour exercer». Donc, le 31 janvier, Mounir cessera toute activité au CHL. «Je ne comprends toujours pas, souffle Mounir. Je devais valider mon équivalence française en octobre. Et tout à coup, on me dit de ramasser mes affaires en un mois et de partir comme un criminel qu’on renvoie dans son pays. Je vais devoir quitter ma vie entière à cause de la bureaucratie». Ses collègues l’apprécient beaucoup, humainement et professionnellement, et certains sont prêts à engager des mouvements syndicaux pour le soutenir. Les protestataires ont tenu à rappeler au gouvernement français -au cas où il aurait oublié- que les hôpitaux français utilisent de nombreux médecins étrangers comme main- d’œuvre à bon marché dans les secteurs les plus difficiles de l’hôpital, notamment ceux présentant de fortes contraintes en terme de travail de nuit ainsi que les week-ends et les jours fériés. Ces praticiens sont aujourd’hui indispensables au bon fonctionnement des établissements. En effet, aujourd’hui, près de 20 % des postes de praticiens hospitaliers sont vacants en médecine d’urgence en France.
Ces collègues ne prennent donc pas la place de médecins français ! Menacer les médecins à diplômes extra-européens, c’est contribuer à affaiblir le potentiel d’accueil et d’efficacité des services publics d’urgence. Il est donc clair que la machine aveugle à expulser a encore frappé. Ces pratiques visant à remplir des objectifs de quotas d’expulsion sont inacceptables. La CGT ne laissera pas faire et mettra tout en œuvre pour que notre collègue puisse rester en France pour terminer sa formation et continuer à travailler à l’hôpital de Lens.
Zaki Raouf

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